Par Félix Martí
Lorsque j’ai rejoint Resuinsa, il y a trente ans, nous n’exportions pas. Aujourd’hui, nous sommes présents dans plus de 150 pays et échangeons avec les hôtels sur des questions que nous étions loin d’imaginer à l’époque : comment suivre le parcours de chaque textile, prolonger sa durée de vie ou récupérer ses matériaux pour en fabriquer de nouveaux. Avec le recul, je pense à combien nous avons changé et à quel point ce changement s’est nourri des enseignements tirés des personnes qui travaillent chaque jour dans les hôtels.
Les chaînes hôtelières espagnoles ont joué un rôle déterminant dans ce parcours. Lorsqu’elles ont commencé à prendre leur essor hors d’Espagne, nous les avons accompagnées aux Caraïbes, au Mexique et sur d’autres marchés où nous avons appris que tous les hôtels ne fonctionnent pas de la même manière et n’attendent pas la même chose d’un textile. Ce fut notre première école internationale.
Aujourd’hui encore, certains détails nous surprennent. En Espagne, on parle généralement du nombre de fils d’un drap ; dans d’autres pays européens, c’est son poids qui importe davantage. Ici, nous avons une nette préférence pour le coton, tandis qu’en Amérique, on utilise beaucoup plus le mélange de polyester et de coton, car il facilite le repassage. Même une serviette de toilette change de taille suivant la rive de l’Atlantique où l’on se trouve. Cela peut sembler anodin, mais, pour moi, cela explique assez bien ce secteur. Pour travailler dans l’hôtellerie, il faut la connaître de l’intérieur.
Et il y a un autre changement qui me semble encore plus intéressant. Lorsque j’ai commencé, l’hôtel aspirait à vous offrir le même confort que chez vous. Aujourd’hui, c’est presque l’inverse. Lorsque nous voyageons, nous espérons trouver un meilleur lit. Nous le savons, car nous avons même reçu des demandes de clients qui, après avoir séjourné dans un hôtel, avaient regardé l’étiquette d’un oreiller ou des draps pour savoir où ils pouvaient les acheter. C’est d’ailleurs ce qui a donné naissance à Resuinsa Home.
Mais le client ne voit qu’une partie de ce que l’on attend du linge hôtelier. Ceux qui l’achètent, l’utilisent et le lavent ont besoin que ce confort soit préservé malgré l’usage et les lavages industriels. Dans nos échanges avec les hôtels, d’autres questions prennent de plus en plus d’importance : combien de temps durera un article, combien coûtera son entretien, et ce qu’il deviendra lorsqu’il ne sera plus utilisé.


Être à l’écoute de ces besoins nous a permis de déterminer la direction que prend le secteur et de développer des solutions pour l’avenir. Il y a plus d’une décennie, nous avons commencé à intégrer la technologie RFID à notre linge afin d’en assurer la traçabilité. Une tâche aussi courante que l’inventaire dans un hôtel est ainsi passée du comptage des draps un par un à la possibilité de le faire « en appuyant sur un bouton ». Plus récemment, nous avons travaillé à la récupération du linge à la fin de son cycle de vie dans les hôtels et à l’intégration de cette matière première postconsommation dans de nouvelles collections qui conservent les prestations exigées par un usage professionnel.
Cette année, nous célébrons les 50 ans de Resuinsa et les 100 ans du groupe. Ce sont deux anniversaires qui nous invitent à regarder en arrière, mais également à nous demander ce que nous devons préserver. Chaque génération a apporté quelque chose de différent. La mienne a eu pour mission de professionnaliser l’entreprise, de l’internationaliser et de faire face à la concurrence sur un marché qui se mondialisait. À présent, la quatrième génération devra prendre ses propres décisions, car perpétuer une entreprise familiale ne consiste pas à faire la même chose pendant cent ans. Ce qui mérite de perdurer, c’est la proximité avec ceux qui travaillent chaque jour avec notre linge.
Je ne sais pas à quoi ressembleront les hôtels dans cinquante ans. Les prochaines questions surgiront certainement de là où tant d’autres sont nées : d’une chambre, d’une blanchisserie ou d’une conversation avec ceux qui font fonctionner un hôtel au quotidien. Après cinquante ans, nous sommes toujours à l’écoute.